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Club Alpin Suisse C.A.S

Section des Diablerets

(Lausanne)

SPECIAL CABANE DU Trient

par Daniel Rapin

 

 

 

HISTORIQUE

DE LA CABANE DUPUIS

à LA CABANE DU TRIENT

1906 – 2006

 

 

La plupart des textes ont été pris aux archives de la section des Diablerets

 

« PRÉAMBULE PAR DANIEL RAPIN  »

Nos cabanes pourront-elles à l’avenir assumer leur rôle important en tant que refuge pour alpinistes et promeneurs ? Oui, mais aujourd’hui, visiteurs et exploitants se montrent beaucoup plus exigeants pour ce qui est du confort et des infrastructures. Certes, pour de nombreux membres, les cabanes du C.A.S. représentent toujours un abri de montagne simple et sans aucun confort, au milieu d’un endroit grandiose et sauvage, mais ces derniers se font de plus en plus l’exception.

Regardons les choses en face : le temps des lampes à pétrole est révolu depuis longtemps. La politique des cabanes à l’avenir devra se poser la question s’il y a lieu d’établir une différence entre cabanes, soit des cabanes genre bivouacs avec peu de confort et des taxes de nuitée bon marché, ou alors d’autres avec un confort raisonnable adapté aux exigences du monde moderne.

Les cabanes doivent désormais pouvoir offrir un espace approprié, dortoirs confortables, réfectoire accueillant, des toilettes à l’intérieur, un espace pour se laver, si possible, car certains refuges manquent chroniquement d’eau toute l’année. D’ailleurs des douches pour les visiteurs semblent tout de même un luxe qui n’est pas indispensable en montagne.

Mais le plus important est d’améliorer l’accueil par les exploitants dans toutes les cabanes du C.A.S., on trouve en effet toutes formes possibles de relations avec le visiteur (ou plutôt le client). Pour parler comme les managers du tourisme, une approche cohérente du client et la volonté de lui offrir ce qu’il cherche en priorité, à savoir un accueil aimable et un service prévenant, lui permettant de se sentir en vacances.

Pour cette raison l’agrandissement de la cabane du Trient a été décidé par la section des Diablerets lors de l’assemblée du 24 avril 2002, et la décision a été confirmée lors de l’assemblée du 27 avril 2005.

 

« Quelques dates importantes »

La vogue de l’alpinisme qui commençait à la fin du siècle dernier rendit nécessaire l’établissement de refuges d’altitude qui allaient permettre à des montagnards non équipés pour les bivouacs de se reposer près des sommets.

Le massif du Trient exerça ses premières séductions et le Club alpin Suisse, section des Diablerets construisit à Orny, sur les indications d’Emile Javelle, une première cabane en 1876.

Le 24 septembre de la même année, on inaugurait avec elle la cabane de Saleinaz, propriété de la section neuchâteloise du Club alpin. Passé le cap du vingtième siècle, les alpinistes propriétaires d’Orny devaient se remettre plusieurs fois à la tâche.

 

1906 Inauguration le 19 août 1906 de la cabane Dupuis

1915 Agrandissement de la cabane Dupuis

1934 Construction de la cabane du Trient et inauguration le 16 septembre

1935 Délaissant Dupuis, ils achevaient la caban du Trient

1936 Démolition de la cabane Dupuis

1975 Premier agrandissement de la cabane du Trient, inauguration 21/22 septembre

2005/6 Deuxième agrandissement et inauguration le 9/10 septembre 2006

 

 

                           

Personnes transportant du matériel pour la construction de                           Construction de la cabane Julien Dupuis au soir du 1er jour

la cabane Dupuis. Les charges sont entre 26 kg et 48 kg.                                                                                                                                     

 

 

                         

Montage de la cabane Julien Dupuis.                                 Bivouac des ouvriers vers la cabane           

Avancement des travaux au soir du 2ème jour                   Julien Dupuis parfois emporté par le vent

 

Inauguration de la cabane Julien Dupuis

 

 

« 1906 INAUGURATION DE LA CABANE DUPUIS »

Le 19 août 1906, par un temps plutôt aigre et peu séant, septante clubistes partirent à 6h30 du matin de Champex et reçurent une « roille » de neige, grésil, vent au col de la Breya, et arrivèrent par la neige à la cabane d’Orny vers 10h30, y prirent une forte collation, et repartirent à 14h pour la cabane Dupuis où ils étaient vers 15h30.

Monsieur Albert Barbey y était depuis la construction et avait préparé une soupe chaude et réconfortante car la température n’avait pas voulu dépasser zéro.

Quand tous furent honnêtement sustentés, Monsieur Jules Centurier, membre de la section des Diablerets et constructeur gracieux de la cabane, la remit solennellement à la section.

Monsieur Louis Barbey, président de la section, accepte la cabane au nom de la section des Diablerets, rend un hommage ému au donateur Monsieur Julien Dupuis, enlevé trop tôt à ses amis et collègues, et énumère les différents donateurs de la cabane à commencer par le C.C. du C.A.S.

Il remercie ensuite les constructeurs dévoués Messieurs Centurier et Barbey. L’entrepreneur Monsieur Emile Cretex, les présidents des communes de Trient et d’Orsières, les porteurs et les guides et tous ceux connus et inconnus qui ont apporté leurs talents, leur zèle et leur dévouement à l’exécution de la cabane, puis il termine en adressant ses vœux à tous ceux qui utiliseront cette belle cabane.

Monsieur Barbey lui succède et énumère modestement les travaux de ses collaborateurs et oubliant toute la peint que lui même s’est donné en passant dix neuf jours sur l’emplacement

(dont deux seulement de beaux et pas mal orageux, au point que la tente dans laquelle il couchait a été enlevée par l’ouragan). Les clubistes présents rendent témoignage à leur collègue Barbey et le remercient de son dévouement, que les générations futures n’oublient jamais le nom d’Albert Barbey donné du reste au couloir de l’Aiguille d’Argentières.

Monsieur Albert Barbey termine en distribuant à chaque clubiste présent une médaille commémorative.

En cette cérémonie d’inauguration, Monsieur Brossy, pasteur à Vevey, remercie d’abord la section des Diablerets de son aimable accueil, de sa belle cabane, puis entraînant l’assemblée vers des pensées plus élevées, lit dans les psaumes quelques passages sur les œuvres du Dieu créateur qui nous a donné ces belles montagnes et mis au cœur des clubistes le pouvoir de les parcourir en sachant lui en rendre grâce. C’est avec une émotion vraie et sereine que les clubistes entonnent le cantique suisse.

Monsieur Perrenoud présente les salutations de la section de Genève et remercie la section des Diablerets de sa sollicitude pour le beau massif d’Orny dans lequel elle vient de construire sa troisième cabane, et verse une lame sur la vielle cabane construite en 1896, cabane étroite, basse et obscure en pierres, où pourtant les vieux clubistes ont passé de bien beaux jours.

Monsieur André remercie le comité de la section des Diablerets et la commission de la cabane au nom des membres de la section des Diablerets, qui apprécient les collègues qui se dévouent pour eux. Monsieur Weissenbach, ancien président de la section Moléson, rappelle les liens étroits qui relient les sections des Diablerets et du Moléson, et souhaite que la nouvelle cabane soit un prétexte de plus pour les deux sections de fraterniser ensemble.

Monsieur Mauler délégué par la section neuchâteloise apporte les vœux et salutations des Neuchâtelois voisins des Diablerets par le territoire cantonal et par le territoire des cabanes.

Pendant ces discours, il y a des distributions de verres, chocolats, gracieusement offerts par la maison Richet, et autres bonnes choses qui graveront à jamais le souvenir des clubistes qui ont eu le privilège d’assister à l’inauguration, le 19 août à 3110 mètres.

Monsieur Louis Barbey lit des télégrammes des sections de Genève, Neuchâtel et Monte-Rosa, puis à 17h une partie de la colonne descend coucher à la cabane d’Orny, alors que trente et un personnes, choisies parmi les vieilles barbes de toutes les sections, terminent la journée dans l’esprit d’amitié et de cordialité que développe la montagne et le C.A.S.. Puisse cet esprit se répandre une fois dans la plaine.

Nous disons soixante-trois clubistes, trois guides (Jorris Alfred, Jorris Jos. Murisier Lionel), sept porteurs (Gay Maurice, Volu Léon, Volu Félicien, Pellouchoux Etienne, Trisière Louis, Crettet Henri, Bourgeois Ernst).

« Le lundi 20 août 1906 » 

33 clubistes se rendent à l’Aiguille du Tour

14 clubistes se rendent au Portalet 14 clubistes à la Pointe d’Orny

 

« 1933 AU comité de la Section des Diablerets »

« 18 août 1933 »

Monsieur Seylaz nous donne lecture de la lettre du C.C., lettre dont nous avons tous reçu copie, et qui tend à nous faire considérer le don de Fr. 40'000.--, du C.S.F.A. comme une subvention de 50 % du C.C. pour la construction de la cabane du Trient.

Après explications de la part de Monsieur Seylaz qui fait l’historique de toute cette affaire, nous sommes unanimes pour considérer inadmissible le point de vue du C.C. Par lettre, Monsieur Edouard Morel nous fait part de son opinion, conforme à la nôtre. Les lettres et les extraits de procès-verbaux se rapportent à ce don du C.S.F.A. ne peuvent nous laisser aucun doute quand aux intentions des donatrices. Monsieur Faes, ancien président central, appelé à participer à nos délibérations, nous déclare partager entièrement notre point de vue. En fin de discussion, nous nous déclarons entièrement d’accord avec les termes du projet de réponse que Monsieur Seylaz enverra à Monsieur Gantner, préposé aux cabanes du C.C.

Trois projets de plans pour la cabane du Trient nous ont été soumis par notre collègue Charles Trivelli, architecte. Nous les examinons tour à tour, mais ne nous prononçons encore sur aucun d’eux, les membres de la commission de cette cabane, sur proposition de Monsieur Wyssbrod, désirent en recevoir un exemplaire de chacun, afin de pouvoir mieux les étudier et se prononcer en toute connaissance de cause.

 

« 30 août 1933 »

Après nous avoir remis en mémoire les termes de sa lettre de protestation au C.C., Monsieur Seylaz nous communique la réponse du C.C., signée Monsieur Gugler, et confirmant leur point de vue, soit considérant le don du C.S.F.A.. comme une subvention centrale de 50 % pour la construction de la cabane du Trient. Nous porterons cette question devant la prochaine assemblée des délégués en insistant sur l’importance de la cabane projetée, en tant que centre d’excursions et demanderons à prendre rang pour l’octroi d’une subvention avant la cabane « Goms ». La Cabane du Trient ne peut en   aucun cas être comparée à celle de Saflisch

 

 

« 7 septembre 1933 »

Le but essentiel de la séance est de discuter les trois projets présentés par Monsieur Charles Trivelli, de les modifier éventuellement et de choisir entre ces trois projets.

Monsieur Marcel Morel propose quatre modifications. La première a pour but de faciliter l’accès aux tables, la deuxième de créer un petit dortoir-réfectoire pour l’hiver ; la troisième de ramener la chambre du gardien du 1er étage au rez-de-chaussée et la quatrième de prévoir un local pour les skis.

Il s’agit ensuite de choisir l’un des trois projets pour le présenter au C.C. Comme la précédente, la discussion est nourrie et approfondie. Elle révèle que les partisans du N° 3 (toit à un seul pan) sont en majorité ; ce toit est le plus pratique ; c’est celui qui permet l’utilisation la plus rationnelle du cube disponible ; en outre, il coûtera moins cher. Le projet N° 3 permettrait une économie d’une dizaine de mille francs. Ajoutons que l’entretien de la toiture serait simplifié et que l’insolation de la façade sud serait plus forte. Monsieur Seylaz craint que la neige chassée par le vent ne s’accumule en masses énormes sur certain pan incliné. Il estime que nous devons aussi tenir compte de l’opinion des membres de la section. Or, à l’assemblée de Lutry, août dernier, l’opposition à ce N° 3 semblait très forte.

Le vote donne les résultats suivants : (nombre des votants, douze)

Projet N° 1, aucune voix

Projet N° 2, trois voix

Projet N° 3 , neuf voix

Monsieur Maillefer demande que cette décision ne soit pas sans appel, mais que la question soit soumise à l’assemblée de septembre. Adopté. Monsieur Grivat, en sa qualité de caissier, intervient vigoureusement en faveur du N° 3. Il insiste sur la nécessité d’attirer l’attention de nos membres sur les difficultés financières au devant desquelles nous allons. Il demande que le Comité défende devant l’assemblée le No° 3. Adopté. Monsieur Trivelli est prié de faire le nécessaire pour les soumissions aussitôt après la séance de septembre.

« 25 septembre 1933 »

Les plans de la cabane du Trient seront soumis à l’assemblée de section qui sera mise au courant de nos délibérations à ce sujet et qui devra voter sur le choix de l’un ou l’autre des projets.

 

« 1934 CONSTRUCTION DE LA CABANE DU TRIENT » par Charles Trivelli 

 

C’est après l’examen de plusieurs projets que la section des Diablerets s’est ralliée, à la quasi-unanimité de ses membres, au projet de construction qui a été exécuté.

Le format seul a été modifié pour entraîner une diminution des dépenses. Le projet variante qui a été refoulé, que vous voyez dans la photo No 3, avait nécessairement des avantages : un seul pan de toiture, la plus grande façade exposée au soleil, plus grande facilité d’utiliser le vide sous la toiture. Le type fut jugé par trop moderne, bien que son auteur n’aurait pas craint de faire exécuter ce projet, malgré qu’il ait fait pousser des cris de réprobation à toute l’assemblée.

La cabane qui a été construite offre aussi une grande façade au soleil et il a pu être également tiré un bon parti de son cube sous la toiture. La construction fut décidée en automne 1933 ; les plans furent étudiés pendant l’hiver et les matériaux purent être préparés pendant le printemps, cela permit à l’entrepreneur A. Brantschen, de Sion d’être prêt à entreprendre la montée des matériaux dès le commencement de juin.

La commission de construction se rendit sur les lieux pour discuter avec l’entrepreneur le tracé du chemin muletier à aménager pour la montée des matériaux. La montée par la Braya (ndIr : aujourd’hui Breya) fut écartée d’emblée parce que trop rapide et à contours trop serrés. La Combe d’Orny pourrait convenir comme pente, mais elle reste par contre trop longtemps encombrée de neige vu son exposition au nord, et à l’ombre des Chevrettes. Le val de Praz de Fort au col des Chevrettes par Plan Manier fut jugé le meilleur, et ce fut celui que la commission inspecta le 3 juin, parapluies en mains, en lieu et place de piolets. Le lendemain, l’entrepreneur commençait les travaux et le 24 juin déjà, le chemin était aménagé et les mulets pouvaient atteindre la moraine d’Orny.

Le 9 juillet les fondations sont commencées ; elles sont toutes posées sur le rocher massif.

Huit maçons travaillent à la construction des murs et, malgré un temps plutôt mauvais et neigeux, les maçonneries sont arasées pour recevoir le plancher du rez de chaussée le 16 juillet. Les tailleurs de pierre débitent le superbe grandit qui jonche les abords, pour confectionner les tablettes, couvertes, cordons, jambages des fenêtres, chaînes d’angles, etc. Les maçons continuent leurs maçonneries sous de nombreuses tempêtes de neige, pour arriver grâce à leur ténacité à mettre le faîtage de la toiture le 15 août.

La plus grande difficulté, pour la construction d’une cabane en haute montagne, est celle du transport des matériaux. Pour la cabane du Trient, le matériel monté pour la construction a été de 40'000 kilos, et pour le mobilier et accessoires, de 10'000 kilos. La longueur du trajet environ cinq heures de mulet jusqu’au glacier ne permit pas de les charger de plus de soixante à septante kilos, ce qui représente environ huit cents voyages, et pour une dizaine de mulets quatre-vingts jours de transport.

Ce fut là le point délicat, et l’entrepreneur sut trouver des hommes et des mulets entraînés à ce pénible métier et qui surent malgré les nombreuses tempêtes de neige monter chaque jour jusqu’au glacier.

Du glacier, un câble de 1'300 mètres mu par un moteur à huile lourde, tira la luge au travers du glacier. Ce câble se rompit et l’entrepreneur s’empressa d’en commander cette fois un neuf, de 1'300 mètres.

La fabrique crut à un oubli de virgule dans la commande, n’ayant pas l’habitude de livrer pareille longueur, et en envoya treize mètres. D’où nouveau retard. Enfin, l’entrepreneur sut se débrouiller, tant et si bien que malgré le mauvais temps presque permanent du 15 août aux premiers jours de septembre, l’inauguration put être fixée au 16 septembre 1934.

Ce fut vraiment un tour de force de l’entrepreneur Camille Brantschen d’avoir pu construire cette importante cabane du 9 juillet au 15 septembre, soit en moins de deux mois et demi.

Avec ses murs en gros moellons de granit, avec ses revêtements en bois, avec sa charpente en bois et toiture avec double lambrissage et couverture en cuivre, cette cabane peut affronter les intempéries de la haute montagne et elle n’occasionnera pas de gros frais d’entretien.

Le coût général de la cabane ; comprenant les frais d’aménagement des chemins d’accès et y compris le mobilier pour 60 personnes, est de Fr. 72'000.-

 

« 1934 TEXTE DE L. HENCHOZ, PRESIDENT DE LA SECTION DIABLERETS »

En 1876, sous l’impulsion d’Emile Javelle, alors président de la section des Diablerets, et qui venait de découvrir le plateau du Trient, la jeune section lausannoise du C.A.S achevait la construction du petit refuge d’Orny, dont on aperçoit encore les ruines à quelque distance au-dessus de l’actuelle cabane du même nom. Elle ouvrait, par là, la possibilité de visiter et d’explorer cette région admirable, encore nouvelle, qui ne devait pas tarder, du reste, d’attirer la foule des alpinistes.

L’élaboration des plans de ce nouveau refuge avait été confiée à Monsieur Carrard, architecte, à Lausanne ; la distribution des locaux, fort simple, comprenait un plan en rectangle avec une entrée d’un côté, donnant accès à un compartiment servant de cuisine, lequel n’était pas même séparé du dortoir. Ce dortoir, pour dix personnes, était installé de façon à prendre le moins de place possible : dans le bas, deux lits de camp à trois places de chaque côté, inclinés pieds contre pieds, puis une couchette au-dessus, comme dans les navires, pour quatre personnes. Les murs étaient en maçonnerie sèche avec enduit intérieur en chaux hydraulique, le mur du fond plus élevé, et l’on obtenait de cette façon un toit à une seule pente. Comme éclairage une petite fenêtre de 60 x 60 cm et une dite au dortoir. La charpente était en bois de mélèze pour les bois équarris et en sapin pour le lambrissage et les lits de camp. Le sol était dallé et la couverture en zinc de fort calibre (No 14). Chaque fenêtre était munie d’un volet plein. Les dimensions totales prises à l’extérieur des murs sont d’environ 9.50 x 3.50 mètres.

On avait grand peur que les meubles ne fussent volés ou brûlés, ce qui s’était déjà vu et on avait à cet effet installé des meubles en fer. La table, par exemple, avait été placée avant que les murs ne fussent construits, de sorte qu’elle ne pouvait plus sortir par la porte. Les sièges étaient de simples pliants de jardin. Le coût de la construction était devisé à Fr. 2'800.--, mais au règlement des comptes, on arrivera à Fr. 3'200.--.

Ce premier abri, comme l’indiquent les notes ci-dessus tirées du carnet de notre collègue Edouard Dufour, qui en fut le constructeur, était loin d’atteindre à la perfection, le confort n’en était certes point la qualité maîtresse. Néanmoins, nombreuses furent les caravanes qui vinrent prendre abri dans ses murs. Si nombreuses, que dix-sept ans plus tard la section des Diablerets décidait de construire une nouvelle cabane à Orny. Les plans en furent dressés par Monsieur René Guisan, et mis au point par les architectes Messieurs Corbaz et Centurier. Entièrement montée dans les chantiers de Monsieur Bugnon, charpentier à Lausanne, la nouvelle cabane représentait une charge de 15'000 kilos, divisée en quatre cents deux colis d’un poids de trente kilos en moyenne. La charge la plus lourde était de cinquante-deux kilos. Le transport Martigny--Orny fut payé a raison de Fr. 24.-- les 100 kilos. Le coût total s’éleva à Fr. 9'069.--. C’est cette cabane qui se dresse encore actuellement vers les moraines du glacier d’Orny, et qui malgré ses quarante ans de service reste, un peu vieillie et décrépite, mais solide et accueillante, ouvrant son hospitalité au seuil de cet éclatant domaine du Trient.

A l’encontre du premier refuge la cabane d’Orny fut jugée tellement confortable, que « nombre de jeunes mariés »  dit la chronique  « ou de petites pensionnaires en vacances, le prenant comme but suprême de leurs ébats » tant et si bien qu’à son tour, elle devint insuffisante et trop bruyante. Cet état de choses, provoqua de vives discussions et un certain mécontentement dans la section, dont un des résultats malheureux fut de renoncer à la construction d’une cabane aux Diablerets, de crainte de la voir fréquentée par trop d’indésirables ! Mais ceci ne résolvait pas la question d’Orny et il fallait pourtant prendre une fois le taureau par les cornes. En été 1905, le comité de la section se rend sur les lieux et vient devant la section avec deux propositions : agrandir la cabane ou en construire une nouvelle plus haut « dont l’accès plus difficile serait réservé aux vrais montagnards ». C’est ce dernier projet qui fut adopté.

Le 19 août 1906, par un temps épouvantable, la cabane Julien Dupuis était inaugurée. Elle comprenait vingt-deux couchettes et une cuisine réfectoire. Elle avait coûté une dizaine de mille francs, dont

Fr. 2'000.-- provenaient d’un legs de Monsieur Julien Dupuis. C’est Monsieur Jules Centurier qui en avait été l’architecte.

La vogue toujours croissante de l’alpinisme ne devait pas tarder à rendre à son tour trop petite la cabane Julien Dupuis. Malgré un agrandissement effectué 1915, elle fut trop de fois débordée pour que la question de sa reconstruction ne vint pas se poser aux comités de la section des Diablerets. Les faibles moyens dont elle disposait ne lui permettaient pas de s’attaquer à ce problème, et de le résoudre surtout, comme on le désirait. Le coût d’une construction de grande envergure effrayait les comités qui, les uns après les autres remirent à leurs successeurs cette délicate question. Les choses en étaient là quand le C.S.F.A., c’est-à-dire le Club suisse de femmes alpinistes, voulant prouver sa reconnaissance au C.A.S. en échange des facilités consenties dans ses cabanes, mit à la disposition de notre comité Central une somme de Fr. 40'000.--, émettant le désir que cette somme soit délivrée à la section des Diablerets pour être utilisée à la reconstruction de la cabane Julien Dupuis. La solution était là. Une commission de construction fut immédiatement nommée, qui chercha, tout d’abord, un endroit plus favorable, mieux à l’abri des rafales de vent que ne l’est l’éperon rocheux sur lequel est bâti la cabane Julien Dupuis. Cet emplacement ayant été trouvé, notre collègue Charles Trivelli, architecte, ancien chef des cabanes du C.A.S., fut chargé d’élaborer les plans. Les premiers qui furent établis et examinés prévoyaient une construction de quatre-vingt à cent places avec un coût total de Fr. 85'000.--. Il fallut les réduire après s’être rendu compte que nos moyens financiers ne pouvaient s’allier à un chiffre aussi élevé, ceci d’autant moins que les appuis de la Caisse centrale sur lesquels nous espérions pouvoir compter, paraissaient devoir nous être refusés. Nous pûmes nous en tenir cependant à une construction assez importante correspondant à soixante-cinq places dans les dortoirs et autant dans les réfectoires. Au printemps 1934, les soumissions furent lancées ; les travaux furent adjugés à Monsieur Camille Brantschen, entrepreneur à Sion.

Au début de juin, l’entreprise s’attaquait aux premiers travaux qui étaient la construction d’un chemin partant depuis Praz de Fort, par Plan Magnier pour atteindre la cabane d’Orny, et delà dans les éboulis rocheux jusque sur le glacier, à environ deux cents mètres au-dessous de la soufflure du col, chemin qu’il a fallu créer de toutes pièces. Une installation rudimentaire amenait depuis-là, par câble, les matériaux jusqu’à l’emplacement de la cabane. Si le printemps et le début de l’été avaient été très beaux, chauds et secs, le temps se modifia au moment où l’entreprise prenait pied à Dupuis. Malgré des circonstances défavorables, malgré le froid, malgré les bourrasques de neige, Monsieur Brantschen et sa vaillante équipe d’ouvriers ne se laissèrent pas démonter. Les travaux furent menés rondement et cela fut certainement un beau tour de force que d’arriver à terminer en trois mois, à 3'180 mètres, cette imposante construction. Aucun accident de personne ne vint troubler les travaux. Seul un pauvre mulet fut victime du glacier et gît encore par quelques dizaines de mètres de fond dans l’une de ses crevasses.

Grâce à l’énergique direction de notre architecte, grâce à la bonne volonté de l’entrepreneur, la cabane du Trient put être inaugurée le 16 septembre 1934, jour du Jeûne fédéral. Près de cinq cents personnes vinrent entourer, ce jour-là, le fanion de la section des Diablerets. Ce fut une très belle manifestation qui se déroula par un temps splendide. La bénédiction de la cabane, donnée par Monsieur le curé Dubosson, d’Orsières, fut suivie d’un culte protestant de Monsieur le pasteur Veuille, membre de notre section, et de nombreux discours. Le président de la section et, en même temps, président de la commission de construction, Monsieur Louis Henchoz, rendit hommage - des hommages certainement bien mérités - au Club suisse de femmes alpinistes qui, par son magnifique don, permit à la section des Diablerets de réaliser cette construction, à l’architecte Charles Trivelli qui sut si bien joindre son talent d’homme de métier à son coeur et à son âme de clubiste, à Monsieur Camille Brantschen, et à ses ouvriers, qui mirent dans l’exécution de leur tâche une ardeur et un zèle insurpassables, à d’autres encore à la commission de construction, aux autorités orsièrannes, aux dévoués collègues qui, transformés en « cuistots » firent l’impossible pour réconforter tout le monde, à tous ceux enfin qui de près ou de loin collaborèrent à la construction et à l’aménagement de cette belle cabane. Il faisait si beau, les dortoirs paraissaient si accueillants que beaucoup ne purent se décider à reprendre le chemin des vallées et que ce fut un problème ardu de loger les quelques deux cents personnes restées à la cabane. On y parvint cependant, tous furent logés, mais tous ne dormirent pas du sommeil du juste !

Après ce jour du 16 septembre 1934, la cabane du Trient est ouverte. La section des Diablerets a pu réaliser un vœu qui lui était cher, celui d’offrir un refuge robuste et confortable à tous ceux qui viennent chercher, dans cette belle et grandiose nature, le délassement, le plaisir, la santé. Puissent ceux qui passeront dans cette cabane, qui y séjourneront, trouver la joie que procure la beauté, puissent-ils recevoir entre ses murs solides l’abri et le repos qu’ils viennent y chercher, puissent-ils y rencontrer toujours une réconfortante hospitalité.

 

« 1936 LA FIN DE LA CABANE DUPUIS »

Dès les premiers beaux jours du printemps, nous apprenions que la tempête avait eu enfin raison de cette chère cabane si souvent secouée au cours des vingt-neuf années qu’elle nous a fidèlement servi. Dans une bourrasque qui dut être effroyable, elle a été décapitée : le zinc qui recouvrait son toit a été arraché et projeté par dessus les rochers qui l’entourent jusque sur le glacier au bas de son promontoire. Une ouverture béante laissait entrer pluie et neige si bien qu’en quelques jours, un lac s’est formé sur son plancher et que tout ce qu’elle contenait a été imbibé d’eau. Vous pouvez penser combien nous avons été soulagés à ce moment-là de penser qu’à quelques pas d’elle, notre belle cabane du Trient était terminée. Deux opinions se sont fait jour à l’occasion de cette débâcle : certains estimaient qu’on pouvait réparer, que le gros œuvre n’était pas atteint ; avec deux ou trois mille francs on pouvait s’en tirer. D’autres estimaient au contraire que le jeu n’en valait pas la chandelle, que les réparations nous pousseraient plus loin que nous ne l’aurions voulu premièrement et finiraient par nous occasionner une dépense trop lourde ; il fallait saisir l’occasion de la démolir complètement. Evidemment que si elle avait encore vécu, nous l’aurions employée comme succursale de Trient ; mais cette manière de faire nous laissait sceptiques quant aux résultats financiers ou pratiques ; il valait mieux prendre carrément la décision suprême.

Mais par un excès de scrupule nous avons voulu demander l’avis du C.C. à cet égard. Celui-ci n’a pas voulu se prononcer clairement et nous a informés qu’il soumettrait cette question à l’.D. de Berne. Celle-ci a heureusement décidé de nous autoriser à démolir et nous allons nous y atteler dès les premiers beaux jours de 1936. Il y a longtemps que tout le matériel a été transporté à Trient : couvertures, paillasses, mobilier de cuisine, etc.

Maintenant que Dupuis est morte et puisque nous sommes dans des temps tout à fait modernes, elle sera incinérée, avec tout le respect que nous lui devons, dans les vastes fourneaux de Trient. Cette mort nous procurera ainsi du bois pour plusieurs années. Paix à ses cendres !

 

« 1934 – 1936 LA CABANES DU TRIENT »

Celle-ci a eu un air goguenard en voyant au-dessous d’elle la pauvre petite Dupuis grignotée par les éléments : elle a presque souri de mépris en pensant que, désormais seule dans son cirque superbe, elle serait une reine incontestée. Mais tout orgueil a son châtiment. En voyant tant de fierté, l’ouragan a juré de l’en punir et, redoublant de violence, il lui a appliqué une gifle monstrueuse qui lui a arraché quelqu’un plaques de cuivre sur son toit. Vous pouvez juger de la stupéfaction de notre brave Morand en constatant ce dégât sur sa maison toute neuve. Au cri d’alarme qu’il nous a adressé, nous avons immédiatement informé de la chose l’entrepreneur Brantschen qui a pris ses dispositions pour tout remettre en état. Nous voulons espérer que l’agrafage aura été plus soigneusement fait que lors de la construction. A part cet avatar, Trient a fait une saison superbe dans tous les domaines : économique, financier, clubistique, etc. Nous ne pouvons que nous féliciter d’avoir mis la main sur le gardien Edouard Morand. Il a fourni cet été un travail considérable, toujours avec bonne humeur et beaucoup de doigté, agréable avec chacun et sachant contenter tout son monde. Une bonne partie de ces éloges revient à sa femme qui l’a secondé pendant trente-huit jours et qui a fourni aussi un travail des plus appréciables.

Du commencement à la fin, la cabane n’a pas désempli ; 1400 alpinistes ont joui de son confort. Les membres du C.S.F.A. entre autres y ont eu un tel plaisir pendant cinq jours que ces dames l’ont quittée en versant des torrents de larmes et en faisant interminablement des signes d’amitié au couple Morand pendant toute la traversée du glacier jusqu’à leur disparition par la fenêtre de Saleinaz.

L’aménagement intérieur a été quelque peu complété par l’adjonction de quelques sommiers métalliques et l’an prochain nous terminerons, avec l’aide de planches prises à Dupuis, le second étage en y organisant une vingtaine de couchettes de façon à pouvoir loger en tout 85 personnes, car il y a eu des jours où nous avons dû en entasser plus de soixante-dix. Nos vues sur la grandeur de cette cabane ont été pleinement justifiées vis-à-vis des critiques de nos collègues alémaniques et du fameux C.C. de Baden.

Le fonctionnement des deux fourneaux devra encore être mis au point quant au tirage et aussi au sujet des bouches de chaleur chargées de tempérer les dortoirs. Nous avons placé des grilles d’aération dans le plancher du réfectoire, une assez grande condensation s’étant formée dans le sous-sol. A part cela, il y a eu peu de chose à faire pour l’entretien du mobilier.

Et maintenant, une mise au point. Le 23 septembre nous recevions un petit bout de papier portant une signature illisible, mais que nous supposons être celle d’un topographe fédéral, avec l’indication suivante : « Altitude de la cabane du Trient : 3'169,6 mètres; en chiffre rond 3'170 mètres ». Celle que nous avons inscrite à l’entrée porte : 3'180 mètres; c’est donc dix mètre de trop, mais nous pourrons toujours dire que nous avons pris cette mesure au sommet de la cheminée au lieu de la prendre sur le seuil !

 

« 1972 PREMIERE AGRANDISSEMENT DE LA CABANE DU TRIENT »

(texte mensuel Les Diablerets octobre 1972)

Cette cabane fut édifiée en 1934 et à la suite de quelques transformations, elle contient, maintenant, cent couchettes et approximativement cinquante places assises. Ces deux chiffres font immédiatement comprendre les problèmes qui se posent lors des jours d’affluence. Or, ceux-ci sont nombreux et la revue française « La Montagne » avait désigné, l’an dernier, cette cabane comme étant la plus occupée du massif du Mont Blanc. Le site, le paysage, sont incontestablement des éléments attractifs justifiant cet engouement pour notre cabane, engouement qui va en augmentant. Lorsqu’il y a beaucoup de monde, il arrive que des visiteurs impatients d’aller se coucher et ne trouvant pas de place dans le réfectoire pour y manger, montent dans les dortoirs pour y faire cuire une soupe sur un petit réchaud. Inutile de souligner, ici le danger que cette pratique fait courir à notre cabane et à ceux qui la fréquentent, sans compter que très souvent les déchets des repas sont glissés sous les matelas.

D’autres part, la cuisine est trop exiguë pour le travail que le gardien doit y effectuer lorsqu’il y a du monde. A première vue, il semblerait logique que le nombre des places dans le réfectoire soit à peu près le même que celui des couchettes. Or, dans le cas de Trient, la disproportion est très grande. Il y a quelques années, cela remonte à 1968-1969, sauf erreur, il avait déjà été envisagé d’édifier une sorte d’annexe à la cabane pour permettre d’agrandir la cuisine et, par voie de conséquence, le réfectoire. Cette verrue aurait posé des problèmes d’étanchéité, d’isolation et d’esthétique. Il s’agirait donc avant tout d’une transformation qui ne modifierait en rien les proportions de notre cabane qui est une des plus belles de nos Alpes. Les travaux pourraient se réaliser dans un délai assez court et ceci sans trop perturber l’activité de la cabane.

L’assemblée de la section doit donner son accord à un projet. Une demande est alors déposée auprès du C.C. avec toute la documentation nécessaire. La Commission centrale des cabanes examine le projet et donne son préavis. Lors de la conférence des présidents, qui se déroule au mois de mai, les projets déposés sont présentés aux présidents qui, à leur tour, donnent leur avis. Ensuite, seulement, une proposition faite par le Comité central est présentée à l’assemblée des délégués qui se déroule en fin d’été. Seule cette assemblée est compétente pour accorder le subside. Il incomberait donc à l’A.D. de 1973 de se déterminer. D’autre part, la hausse constante des prix dans la construction nous incite à ne pas trop tarder à envisager une telle réalisation, sinon nous devrions la payer plus cher par la suite. Enfin, par suite de circonstances favorables, le financement pourrait être assuré sans devoir charger le comte général de la section.

Après cette introduction, le président passe la parole à notre collègue Henry Collomb qui nous donne d’abord la position du C.C. et de la Commission des cabanes. Ces organes centraux voient trois catégories de cabanes. La cabane de basse altitude qui est fréquentée par les familles, les tout jeunes et les alpinistes à qui l’âge et la santé ne permettent plus de monter très haut. La cabane-base, en altitude, type Trient, qui autorise, à partir du site où elle est construite, plusieurs ascensions, et la cabane-bivouac établie au départ ou sur un itinéraire bien précis. Le but à atteindre pour chaque cabane est donc différent et les moyens pour y parvenir le sont aussi. Pour Trient, les nouvelles prescriptions pour la protection de l’environnement sont à considérer de même que la lutte contre le feu. Les conditions de travail du gardien et son logement sont des points que l’on ne peut passer comme secondaires : le gardien est un collaborateur qui ne doit pas laisser sa santé dans l’accomplissement de sa tâche.

Dans les plans que l’on nous présente, il a été tenu compte de ces éléments. Pour être précis, ce n’est pas un plan de projet mais une série d’avant-projets. L’architecte nous les commente et nous motive leur abandon. Enfin le dernier, celui qui a été retenu, est développé. C’est en quelques mots le plan suivant : toute la cabane est agrandie par le retrait du mur amont de 5 à 6 m en arrière, le côté nord (Pointe d’Orny) est aussi ripé de 2 m environ, mais pour la partie agrandie seulement.

 

Dans cette nouvelle enceinte, on a la répartition suivante :

 

v    Sous le réfectoire actuel, la citerne d’eau potable ;

v    Au rez : l’entrée actuelle est conservée ainsi que le dortoir d’hiver. Le réfectoire est agrandi d’une place équivalant à celle de la cuisine d’aujourd’hui. Dans

      l’agrandissement on trouve le logement et un local pour les réserves du gardien, la cuisine et un petit réfectoire ;

v    Au premier : trois dortoirs dont un réservé aux aides du gardien ;

v    Au deuxième : un dortoir.

 

« 1975 INAUGURATRION DE LA CABANE DU TRIENT »

(texte mensuel Les Diablerets octobre 1975 )

Samedi le 20 septembre, les premiers arrivèrent à 2 heures de l’après midi. Le temps était si doux, le soleil si chaud et la montée si raide que les souhaits de bienvenue étaient bien vite expédiés au profit d’une boisson rafraîchissante. Ce scénario se répéta plus d’une centaine de fois. Quelques-uns, le cœur ou les jambes ne leur permettant plus de monter à pied, prirent le chemin du ciel : entendez-moi, arrivèrent en hélicoptère, clamant leur enthousiasme pour ce moyen de locomotion.

Le programme prévoyait la réception des invités à 17 heures. Nous saluons bien bas la précision de la délégation du Comité central qui arrive à 16 h 59 pour serrer la main de Charles Dupont à 17 heures. On s’exclame : « Que de place, mais comment était l’ancien réfectoire, où se trouve le raccord », que les nouveaux dortoirs sont rationnels !, etc. De part et d’autre, c’est le contentement. Chacun veut prendre un contact avec la nouvelle cabane et la parcourt en tous sens. Un seul endroit reste tabou : la cuisine. Une solide équipe est au travail et sont attitude montre clairement que tout intrus sera fermement expulsé.

Le souper réunit quelque cent soixante-dix personnes dans les deux réfectoires. Cette démonstration, bien involontaire, nous prouve que là où quarante-cinq personnes prenaient péniblement leur repas, on peut maintenant mettre cent cinquante personnes à l’aise.

Bonne soupe, lard, saucisson, haricots, dessert, café et boissons contentent tous les convives. Les épouses de quelques membres valsent : un plat ici, du pain là… et le service n’est pas facile, car il y a peu de place entre les dos des hôtes. Il ne s’agit pas de remplir une encolure de café ou une manche avec du pruneau. Il faut être discret, car les discours commencent.

Charles Dupont, président de la section, souhaite la bienvenue dans notre « nouvelle cabane ». Il fait un bref historique ; survole les causes de l’agrandissement, les moyens mis en place, la réalisation, les difficultés rencontrées. Maintenant, la section est fière de fêter l’aboutissement des travaux. L’architecte, Henri Collomb, qui a été très efficacement secondé par Rahaël Abbet, dit dans quel esprit ils ont voulu la construction : une construction de celui du premier constructeur : Papa Trivelli. Il remercie les artisans qui n’ont pas toujours eu la tâche facile à cette altitude, et termine par la lecture du Petit Larousse : cabane : « Abri grossièrement construit, cabane à lapins…». Il vaudrait mieux utiliser l’appellation refuge qui est défini par : « Abri de haute montagne ».

Humanité de cette construction faite de matériaux à notre échelle : le bois, le granit le cuivre. L’homme se sent chez lui, il n’est pas désorienté, désemparé, abâtardi comme dans certains refuges édifiés, non loin d’ici, en tôle, plastique et acier, constructions uniformes, sophistiquées et sans caractère. C’est cette trame que développera Roger Frison-Roche, président de l’Association internationale des guides de haute montagne. Il félicite les architectes pour leur réalisation, la section pour son choix. Il reviendra à Trient. Il évoque ensuite avec beaucoup d’humour les souvenirs d’une tournée de conférences qu’il fit en 1935 et qu’il débuta devant la section.

C’est ensuite le tour des sections amies invitées à s’exprimer. H. Genet, de la section Argentine, rend hommage à R. Wuischpard, forme les vœux pour notre cabane et remet, au nom des cinq sections du Haut-Lac et du Chablais, un altimètre. Val de Joux, enfant des Diablerets, nous donne un montage de la carte au 1 :25000. Genève, Neuchâtel et Yverdon, fiefs de l’horlogerie, nous rappellent par leur présent, une pendule, les contingences terrestres dans ce lieu où on aurait très facilement tendance à oublier le temps qui passe. Est-ce un hasard ? E. Brique, pour faire son laïus, est sous la vieille pendule qui marque depuis le début de la journée 4h15. La sous-section de Vallorbe a un geste très sympathique : elle offre au gardien, Rémy Buémi, une aquarelle signée Clavel, représentant la cabane avec, en toile de fond, les Dorées.

La section lausannoise du C.S.F.A. a pensé au travail du gardien ou de son épouse, et remet un magnifique tire-bouchon de « restaurant ». Il sera fixé sur-le-champ à la banquette séparant la cuisine du réfectoire et étrenné par Fanny Matthey. Notre gardien est radieux.

La section « Bienne » nous remercie de l’associer à notre inauguration. Elle n’est qu’à moitié romande de fait, mais l’est beaucoup plus de cœur. Elle a choisi, et s’en excuse, la solution de facilité pour témoigner son attachement à la Romandie et à notre section : un cadeau en espèces.

Notre grande voisine, la section Monte-Rosa, fera de même et, par le salut de R. Darbellay, ancien président, constate que notre cabane est comme la vallée du Rhône : « grande, noble et belle ».

Et la soirée « officielle » se termine pour se continuer par la musique et le bal improvisé dans le petit réfectoire, et les discussions privées (chacun refait le monde à sa façon) dans l’autre. Vers minuit, sous une lune resplendissante éclairant le cirque de Trient, le guide Wuilloud nous interprète, au cor, plusieurs morceaux. Recueillis sur la terrasse, les participants peuvent ressentir la puissance sauvage de cet instrument dans cette nature presque irréelle.

Dimanche matin la messe, célébrée par le chanoine Michellod, est suivie par de nombreux clubistes. Le temps magnifique, les montagnes étincelantes, donnent une grandeur inhabituelle à ce modeste office. Puis un hélicoptère de la protection civile dépose notre hôte français, le capitaine Monet, commandant du peloton de haute montagne de Chamonix. M. Maurice Herzog, annoncé, n’est pas avec lui, retenu par d’autres occupations.

A dix heures précises, en présence de nombreux clubistes montés depuis Orny, Charles Dupont déclare la partie officielle ouverte. Il salue les nombreuses personnalités présentes, en particulier :

Louis Henchoz, président de la section lorsque fut inaugurée la cabane en 1934, et qui aujourd’hui est monté à pied ; M. le colonel Derivaz, commandant du cinquième arrondissement des douanes, M. le

colonel Wilfred Fournier, MM. Frison-Roche, Victor Maerki, Louis Wuilloud.

Puis il remet une clé au président central, une clé à Mlle Ziegler, représentante du C.S.F.A., et une clé à notre gardien Rémy Buémi. Il est évident que se sont des clés symboliques puisque notre cabane restera ouverte à tous en toutes saisons. « Mais, insiste notre président, nous attendons que tous ceux qui viendront ici se comportent dignement et honnêtement, selon une discipline librement consentie. »

M. Otto Meier apporte les salutations du Comité central et dit sa joie personnelle de se retrouver dans ce magnifique site. Il félicite les architectes et les maîtres d’états : « C’est non seulement la plus grande cabane du CAS, mais s’est également la plus jolie. » Toutefois, il nous met en garde : « Je pense que le nombre de quatre cent cinquante couchettes est un maximum que l’on ne peut dépasser sans créer des problèmes insolubles au gardien et à la section. » Il souhaite que cette cabane soit un marchepied permettant à l’homme d’accéder à la compréhension de la nature par l’alpinisme. Enfin, il souhaite que la jeunesse continue, dans le même esprit, ce que les anciens ont réalisé. Il remet à la section, pour les courses et les secours, deux émetteurs-récepteurs de poche.

Charles Dupont le remercie et, à son tour, remet à Henri Collomb un plat d’étain, gravé, modeste signe de notre satisfaction et de notre reconnaissance.

A une quinzaine près, Mlle Ziegler aurait parlé en tant que présidente centrale du C.S.F.A.. Aujourd’hui, le nouveau C.C. étant à Zurich, c’est au nom de celui-ci qu’elle s’exprime. Elle rappelle qu’il y a quarante ans, le C.C. de Vevey avait voté le don de 40'000 francs pour la construction de la cabane. Heureuse coïncidence, c’est également le C.C. de Vevey qui a décidé du don de 10'000 francs en 1974. Mlle Ziegler remercie Charles Dupont pour la clé qui fait que le C.S.F.A. est moralement propriétaire d’une partie de la cabane, et souligne l’engagement de la section : réserver un dortoir au C.S.F.A.. Pour que l’on puisse dorénavant popoter un ragoût à 3'200 m, elle nous remet une belle cocotte en fonte.

Le colonel Dérivaz nous offre l’appui de son corps de gardes-frontière. Lors de leurs tournées de routine, les douaniers, passant à la cabane, signaleront ce qui ne va pas.

C’est ensuite au pasteur Vittoz et au chanoine Michellod de s’adresser à l’assemblée. Le pasteur évoque un retour de course du Chardonnet où il fut surpris, sur le plateau du Trient, par l’orage qui fut le plus terrible qu’il ait subi. Quel soulagement de trouver ce refuge solide. Dieu, dans les tourmentes humaines, est également un refuge solide que le chrétien doit rechercher. Le pasteur nous lit ensuite le psaume « Je lève mes yeux vers les montagnes… » et remémore le souvenir de Louis Seylaz en développant le verset qu’il avait choisi pour thème de son culte d’ensevelissement : « La charité excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout ».

Le chanoine Michellod rappelle que l’homme a toujours besoin d’un refuge : l’enfant, sa mère ; le faible, le fort ; les jeunes, les vieux ; et tous, Dieu. Il appelle la protection du Très-Haut sur ce refuge des alpinistes : « Qu’il soit également l’endroit où se retrouvent tous ceux qui fuient la facilité, le confort amollissant le corps et l’esprit. Que Notre-Dame des Granits bénisse cette œuvre. » Puis la cérémonie se termine par le « Notre Père » dit par l’assemblée.

A 11 heures, c’est un joyeux apéro pris dans le plus vaste et plus beau bar du monde, la terrasse du Trient ! On se congratule, on se félicite, on se refait, à défaut de refaire le monde. Et le repas qui suit prolongera cette ambiance jusqu’à ce que le souci de ne point manquer la dernière course du télécabine chasse, d’un coup, la majorité des convives. Ceux qui restent encore jusqu’au lendemain disent sans regret un « au revoir » à ceux qui partent.

L’inauguration est finie. Les drapeaux sont ôtés. La cabane reprend sont rôle : des alpinistes anonymes arrivent, ils mangeront et dormiront ce soir, ignorant tout des deux jours fastes et exaltants que nous venons de vivre. Que vivent Trient et la section de Diablerets !

 

« 2006 DEUXIEME AGRANDISSEMENT » par l’architecte Michel Perraudin

 

« Phases du projet »

v     Variante 1 fin août 2002

v     Variante 2 et 3 entre novembre 2001 et février 2002

v     Projet définitif, approuvé par l’Assemblée générale, mis à l’enquête en décembre 2003.

v     La Commission cantonale des constructions du Valais nous demande de revoir le projet en conservant la volumétrie existante sans rajout.

v     Nouveau projet présenté à l’Assemblée générale et mis à l’enquête en mars 2004.

v     Obtention du permis de construire fin juin 2004, trop tard pour la mise en chantier.

 

 « Phase du l’exécution en 2005 »

v     Préparation plans définitifs, études techniques et statiques, appel d’offres, étude de détails entre juin 2004 et mars 2005.

v     Le 20 juin 2005, début des travaux du gros-œuvre.

v     Excavations, phases de bétonnage jusqu’à fin septembre 2005. La météo n’a pas été stable et les maçons n’ont pas bénéficiés de plus de 3 jours de beau consécutifs.

v     L’ossature et la charpente ont été posées en 3 jours, entre les 17 et 19 octobre.

v     La mise hors d’eau de l’annexe et sa fermeture pour l’hiver sont achevées vers le 27 octobre 2005.

 

 « Phase du l’exécution en 2006 »

v     Une première étape de travaux du second œuvre a été exécutée entre février et mars 2006 pour permettre l’utilisation des WC durant la période des Haute Routes.

v     Une deuxième étape est en cours et ce jusqu’à fin juin pour mettre l’accent sur les travaux dans la cabane existante, en priorité la nouvelle cuisine.

v     Une troisième étape pour les travaux de finitions se déroulera durant le mois de juillet.

 

« Conclusion »

Les travaux en altitude nécessitent une organisation particulière et un engagement plus important qu’en plaine. La prise de risques, en tenant compte des transports, de la météo, sont un souci permanent pour tous les acteurs dans la réalisation de la bien facture, ainsi que pour le maintien du budget. Nous voulons remercier les entreprises qui ont œuvré jusqu’à ce jour. Personnellement, je tiens à remercier la section des Diablerets pour la confiance qu’elle m’a accordée en me donnant ce mandat et aussi le Comité de construction avec lequel nous avons eu un excellent climat de travail.